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La chapelle de Berlize

 

C'est presqu'un lieu commun de rappeler que le patrimoine artistique de la Lorraine, terre de conflits par excellence, a payé un lourd tribut aux invasions et guerres de toutes sortes qui, au fil du temps, ont ravagé cette province.

Toutefois, la quête minutieuse de certains vestiges peut permettre, aujourd'hui encore, par une restauration intelligente, la renaissance de monuments architecturaux dans leur beauté originelle.

C’est le cas de la Chapelle de BERLIZE qui, grâce aux efforts opiniâtres de ses habitants, a fait l'objet, depuis 1989, d'importants travaux de rénovation, avec le concours des Bâtiments de France et de l’Evêché de METZ. Enfin sortie de son anonymat, elle donne au visiteur attentif une intéressante leçon d'art sacré.

 

UN PEU D'HISTOIRE

 

Situé sur une hauteur, BERLIZE a toujours été exposé aux dévastations des nombreuses guerres du pays messin. D'après la tradition populaire, les maisons de BERLIZE auraient été brûlées par les hordes d'ATILLA et les HONGROIS auraient dévasté la contrée sous CHARLES III le SIMPLE en 911, puis, ensuite, en 914, 926, 937 et 954. Le village subit de nouvelles destructions en 1404, 1442, 1491, 1492, 1517 et 1635.

En 1262 existait un château fort, flanqué de quatre tours et entouré de fossés. Il fut détruit en 1404 par PHILIPPE Comte de NASSAU et de SARREBRUCK, JEAN d'AULTREY et JEAN, Comte de SALM.

Restauré peu après, il fut à nouveau partiellement détruit en 1635, c'est-à-dire pendant la Guerre de Trente Ans. Il disparut, en 1783, suite à un incendie. D'importants vestiges des remparts sont encore visibles à proximité de la localité.

Appartenant à la famille des Ducs de LUXEMBOURG au XIe siècle, la Seigneurie et les terres de BERLIZE passèrent ensuite entre les mains de plusieurs titulaires pour échoir, à la veille de la Révolution, à PIERRE de COURTEN, déjà Seigneur de BAZONCOURT. Celui-ci, dernier Seigneur de BERLIZE, vendit ses terres en 1802.

BERLIZE formait à l'origine une paroisse indépendante faisant partie de l’archiprêtré de VARIZE, avec les annexes de FRESNOIS, de FOURCHEUX et de FRECOURT, ainsi que de MAIZEROY. En 1733, BERLIZE faillit devenir le siège d'un nouvel archiprêtré, lorsque les curés des villages de langue française de l'archiprêtré de VARIZE demandèrent à former un groupe à part. Ce projet ne fut pas accepté par l'Evêque de METZ.

La paroisse de BERLIZE fut supprimée et rattachée à celle de BAZONCOURT par décret impérial du 30 juin 1809. La commune elle-même de BERLIZE fut rattachée à celle de BAZONCOURT par décret de NAPOLEON "signé devant Moscou" le 21 septembre 1812.

A partir de cette date, l'histoire de BERLIZE se confond avec celle de BAZONCOURT.

 

VISITE DE LA CHAPELLE

 

 

I. L'architecture extérieure

 

Il est fait mention d'une église à BERLIZE dans un document datant de 1063.

Mais il est évident que l’actuel édifice ne date pas de cette époque et que la Chapelle, intégrée sans doute dès l'origine au château féodal dont elle partage l'histoire, a dû subir de nombreuses destructions, suivies de reconstructions plus ou moins heureuses.

L’ensemble du bâtiment, aux dimensions modestes et orienté Est/Ouest, ne révèle a priori rien d’exceptionnel sur le plan architectural.

La sacristie a été accolée au chœur, sur la face Est, au cours du XIXe siècle.

Le clocher, démoli par un obus américain en 1945, a été reconstruit à quatre pans en 1950. Culminant à 27 m au coq, il est toutefois moins haut que l'ancien clocher ( 30 m) à six pans. L’ancien clocher aurait lui-même été partiellement détruit par une tempête en 1665.

L’intérêt de l'architecture extérieure se situe au niveau du chœur où la présence d'un arc-boutant (sur la seule face Nord) démontre l'existence à cet endroit d'une construction gothique qui est effectivement la partie la plus ancienne et la plus authentique (XIV-XVe) de l'édifice.

La nef a dû être reconstruite à plusieurs reprises (des traces d’incendies ont été relevées au cours des travaux de restauration).

L’entrée actuelle de l'édifice, sur la face Ouest, n'est certainement pas celle d'origine. Des vestiges de souterrain ont été relevés sur la face Sud, chemin d'accès réservé au Seigneur

 

II - L'intérieur de la Chapelle

 

Après restauration, se dégage de l'ensemble de l'édifice une impression de dépouillement qui confine à l'élégance, propre à la méditation spirituelle.

La nef

Plusieurs fois démolie et reconstruite, elle a gagné en volume par la suppression d’un faux plafond qui a permis de mettre en valeur la charpente du toit ainsi que l'arc doubleau de la voûte d’ogives du chœur.

 

  • Le sol : de carreaux noirs et blancs, date des années 1900. Le dallage a été offert à la communauté paroissiale par l’Empereur GUILLAUME II, alors propriétaire d'un château à COURCELLES-­CHAUSSY. Il aurait fait halte à BERLIZE, au retour d'une partie de chasse et déploré que le sol de la chapelle fût en terre battue.
  • Les bancs : ils sont sensiblement de la même époque que le dallage. Ils ont été fabriqués à partir d’essences du Bois de GONVAUX par un artisan local et offerts à la communauté.

  • Les vitraux : détruits pendant la dernière guerre, ils viennent d’être remplacés sur le modèle des anciens vitraux.

 

Les statues

Elles méritent une attention particulière.

- A droite (face Sud) : très beau Christ en pierre, daté du XVIIIe siècle. Selon une certaine tradition, il proviendrait du Couvent des Célestins de METZ (installé par Bernard le HUNGRE en 1374) d'où il aurait été retiré au moment de la Révolution et placé à BERLIZE par une Dame MORLANNE, propriétaire d'une maison de campagne dans cette localité (voir plus loin).

- Du même côté et faisant face : un Archange Gabriel en pierre du XVe siècle (statue classée). Cette statue porte la trace des trous pratiqués pour y disposer des flèches, une idée pour le moins ingénieuse (!) pour en faire un Saint-Sébastien, saint sans doute plus propice aux habitants de BERLIZE.

Le chœur

Il constitue la partie la plus authentique de la Chapelle. Sa forme carrée en fait l'originalité.

  • La voûte, en forme d'arcs brisés ou ogives, est de pure facture gothique. On remarquera, à la croisée d'ogives, les armes (TROIS BANDES AZUR SUR FOND OR) de la famille de FAULQUENEL, vieille famille du parairage de Saint-Martin, propriétaire de la Seigneurie en 1414.

  • L'Autel : dégagé au cours des travaux de restauration, il a été replacé au centre du chœur, suivant un dessin de Monsieur le Chanoine LOUIS, et reconstruit, en 1989, en pierres de SERVIGNY-LES-RAVILLE, offertes par différentes familles de SERVIGNY, LEMUD et VILLERS- STONCOURT.

  • La "Piscine", à droite : elle a été également découverte lors des travaux de 1989. Elle servait au lavage du linge d’autel et au rinçage des burettes, ustensiles sacrés dont les eaux de lavage s'écoulaient dans les fondations de la Chapelle par deux orifices pratiqués au fond de la cavité.

  • Les vitraux : les travaux de restauration ayant permis de mettre à jour dans l'abside une très belle fenêtre en pierre sculptée, occultée probablement au XIXe siècle, et encadrée par deux fenêtres de même facture sur les façades Nord et Sud, trois vitraux ont été posés en 1989-1990 par les Ateliers SALMON de WOIPPY, d'après les dessins originaux :

 

1. le vitrail dans l'abside (façade Est), représente les deux patrons de l'église : la Sainte Vierge (depuis le XIXe) et Saint-Matthieu, l'ancien patron de la paroisse et de l'église.

 

2. Le vitrail côté Evangile (face Nord) représente l'Arbre de Jessé, d'après la prophétie d'Isaïe qui annonce la descendance du roi David (Ch. XI) : "Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. Sur lui reposera l'Esprit de Yahvé, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Yahvé..." Un motet latin du Xle siècle donne le sens de l'image : "De la tige de Jessé a germé un rameau fleuri, et sur la fleur, l'Esprit consolateur s'est reposé. Le rameau a produit un fruit : celui par qui vivent les siècles. De la tige de David naquit le rameau mystique qui ainsi fleurit et porte la fleur. Le rameau de Jessé, c'est la Vierge, Mère de Dieu ; la fleur, c'est son Fils et son Père. A cette fleur, produite hors des lois de la nature, chantent justement les chœurs des saintes : louange, jubilation, puissance et règne sans fin au Maître des Cieux."

3. Le vitrail côté Epître (face Sud) illustre le thème de l'Apocalypse (Ch. XI), " la Femme de l'Apocalypse" image de l'Eglise et de Marie: "Le Temple qui est dans le ciel s'ouvrit, et l'Arche de l'Alliance du Seigneur apparut dans son Temple. Un signe grandiose apparut dans le ciel : une Femme ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle était enceinte et elle criait torturée par les douleurs de l’enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un énorme dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et sur chaque tête un diadème. Sa queue balayait le tiers des étoiles du ciel, et les précipita sur la terre. Le dragon se tenait devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l'enfant dès sa naissance. Or, la femme mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes nations, les menant avec un sceptre de fer. L'enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône et la Femme s'enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place".

 

Les statues : elles méritent également certains commentaires

1) La statue de St Joseph située sur la face Nord de la nef en face du    Christ:Statue en bois polychrome du XVIIIe restaurée en 2002.

2) Une piéta (contemporaine) offerte par le Chanoine Louis :

Deux belles statuettes en bois polychrome, encadrent le tabernacle (de facture XVII-XVIIIe) : d'un côté, Saint-­Vincent, patron des vignerons (on rappellera qu'avant la guerre, BERLIZE possédait de nombreuses vignes), de l'autre, Saint-Mathieu, patron de la Chapelle à l'origine.

 

3) Dans l'oculus, une statue de pierre, de la Vierge à l'Enfant, polychrome, d'une grande finesse, datée du XVIIIe. Cette statue, restaurée en 1992 pour retrouver sa polychromie originelle,, est porteuse d'une véritable légende (rapportée ci‑après) au point d’avoir fait l'objet, à partir du XIXe, sous l'action de l’Abbé VION (curé de BAZONCOURT-BERLIZE de 1869 à 1896) d'une dévotion particulière (pèlerinage de la Nativité de la VIERGE, en septembre de chaque année).

III - La légende de la Vierge

(d’après les documents de la famille DORVAUX)

 

("L’an 1791, le 22 décembre, moi soussigné Cierge, avec la permission de M. Nicolas Francin, évêque du département de la Moselle, assisté de MM. Hallard, curé du Ban Saint-Pierre, et Noirel, curé de Maizeroy, j'ai béni une chapelle à Fresnois, dépendant de ma paroisse (Berlize)"

Cette chapelle aurait été bâtie pour recevoir la célèbre Vierge des Célestins (statue en pierre du XIIe, de grandeur nature et tenant l'Enfant Jésus sur l'épaule droite et un lys de la main gauche, ample manteau blanc sur une robe blanche, cheveux longs épais mais la peinture est moderne ou du moins renouvelée.

Cette statue, aux pieds de laquelle le père BEAUREGARD (célèbre prédicateur de Notre Dame de Paris) aurait été miraculeusement guéri, fut sauvée ainsi qu'un grand Christ (Ecce Homo) en pierre et également remarquable, à la Révolution par M. MORLANNE et des personnes pieuses de la famille des Seigneurs de BERLIZE (les Potier, de Blair, Dommartin ... Purnot).

Abritées d'abord au Fresnois, dont la chapelle aurait été bâtie pour cela, le Juif de Metz, Jacob Cahen qui acheta Fresnois vendu comme bien d'émigré, céda les statues au curé de BERLIZE.

La Vierge , dit-on, pleura dans sa chapelle abandonnée et pourtant, comme on l'emporta en voiture à BERLIZE, elle résista... et par deux fois retourna à Fresnois. Il fallut une procession solennelle et alors la statue s'avança comme d'elle-­même au milieu du peuple et resta à BERLIZE. Depuis elle est très courue : invoquée pour les accouchements difficiles (fête de la Nativité) ou les agonies pénibles. Placée d'abord dans une niche sur un petit autel, M. VION l'a mise au-dessus du maître-autel, non sans un peu de dépit de la part des paroissiens.)

Quelle part faut-il faire à cette légende, puisqu'aussi bien l'actuelle statue de la Vierge replacée dans sa niche d'origine, ne date pas du XIIe siècle ? Le Couvent des Célestins n'ayant été désaffecté qu'en 1774, il pourrait s'agir d'une autre statue plus récente en provenance du même couvent.

 

IV - Autres curiosités

  • Dans la sacristie : on peut admirer trois belles statues de pierre, décapitées. Elles furent découvertes dans le mur qui occultait la fenêtre d'abside et pourraient représenter le Seigneur, son épouse et sa fille. Leur facture est du XIV-XVe siècle.

  • De vieilles croix bordent le mur du cimetière : elles proviennent toutes de fouilles qui attestent de l’ancienneté des lieux.

  • La fontaine, édifiée au pied du cimetière, a été construite en 1989 avec des pierres provenant de tombes désaffectées. La gravure de l'inscription a été faite par M. GREFF et la sculpture (le Soleil et la Lune) est du ciseau de M. COPEAUX, tous deux artistes lorrains de renom.

 

 

Appendice

 

L’accès au sommet du clocher venant d’être rétabli par la consolidation des planchers et des échelles, d’intéressantes inscriptions et différents motifs ont pu être relevés sur la cloche

- Inscriptions : "L'an 1734 jay été bénite par Messire François Cierge, Curé de Berlize. Jay eu pour parein Nicolas Canot et pour mareine damoiselle Marie Corseur. Echevin : Jacques Clelle, Jean Dosdat et Jean Durand Fait par moy, Jean Bideaut Maître Fondeur à Metz 1734"

- Motifs : sur une face un Christ entouré de deux femmes sur l'autre face une Vierge à l'Enfant

- Sur le bois de la tête, différentes gravures

Courcelles 5.52

HH

GR

MB

 

Encore ouverte au culte, la Chapelle de Berlize

méritait, de par son prestigieux passé, cette résurrection.

 

Remerciements

 

- Aux BENEVOLES de BERLIZE

- A Monsieur le Chanoine LOUIS, père spirituel de la Chapelle

- Aux BATIMENTS DE FRANCE, et notamment à M. ZEIER

  • A tous les généreux donateurs et particulièrement aux entreprises : Batibail ; Bail-Industrie ; Cical ; Cedest ; Lormines ; Sollac.

Texte reproduit avec l'aimable autorisation de
l'Association pour la Sauvegarde du Patrimoine et de l'Environnement de
Berlize

 
Copyright 2005"Le sillon d'espérance" - Crédits photos : Armand Bemer